Quelques jours avant la troisième édition du Festival Kissycol, une prise de parole d’Initiative Biscornu a relancé une question qui dépasse le simple débat sur les goûts artistiques : quelle place une ville doit-elle laisser aux créations qui ne font pas l’unanimité ?
« C’est moche », « des gribouillages », « ça dégueulasse les rues »… La troisième édition du Kissycol, qui investira le quartier Saint-Nicolas ce samedi 29 août, suscite des réactions contrastées.
Résumé
- Le Festival Kissycol relance le débat sur la place de l’art non consensuel dans la ville.
- Initiative Biscornu défend l’idée que l’art peut déranger sans être considéré comme une dégradation.
- Les œuvres du festival sont réalisées avec l’accord des propriétaires et respectent le patrimoine local.
- Kissycol s’étend cette année à de nouveaux espaces, permettant à divers artistes de créer en public.
- Le festival invite à réfléchir sur l’esthétique d’une ville et ce qu’elle choisit d’exposer dans ses rues.

Après un article consacré au festival dans Sud Ouest, plusieurs commentaires ont visiblement amené Initiative Biscornu à prendre la parole.
Biscornu a choisi de ne pas répondre commentaire par commentaire, mais d’élargir le débat à la place de l’art dans l’espace public.
Acteur de la scène créative locale à La Rochelle, Biscornu porté par Paul James, se présente comme un relais pour la micro-édition et l’édition artisanale (fanzines, sérigraphie, risographie). En plus de ses prises de position sur la liberté d’expression et les arts graphiques, la structure indépendante orchestre régulièrement des expositions, rassemblements et marchés d’artistes dans la région
« On peut ne pas aimer »
Le propos de Biscornu commence par un rappel assez simple : chacun est libre de ne pas aimer le street art, de ne pas être sensible au collage, au graffiti ou à certaines formes de création contemporaine.

Là où Biscornu estime que le débat devient plus intéressant, c’est lorsque des œuvres sont automatiquement qualifiées de « gribouillages », de « souillures » ou d’« horreur ».
Une question se pose alors : le fait qu’une création déplaise suffit-il à considérer qu’elle n’a pas sa place dans la ville ?
Dans sa publication, Initiative Biscornu défend l’idée que l’art n’a pas nécessairement vocation à faire consensus. Une œuvre peut surprendre, déranger ou sortir des habitudes, sans pour autant être considérée comme une dégradation.
Des œuvres réalisées avec l’accord des propriétaires
Dans le cas du Kissycol, un élément factuel vient aussi nourrir le débat : le festival ne repose pas sur des interventions sauvages sur les façades.
Selon les organisateurs, les œuvres réalisées sur les murs le sont avec l’accord des propriétaires et dans le respect des contraintes liées au secteur patrimonial. Le dossier de présentation précise notamment que le festival est organisé en concertation avec les Bâtiments de France.
Cette année, le collage sera particulièrement mis à l’honneur, tandis qu’une fresque sera réalisée à la peinture et que des supports en bois permettront aux artistes de créer sans intervenir directement sur d’autres façades.
Le festival entend ainsi investir temporairement l’espace public tout en composant avec le caractère historique du quartier.
Saint-Nicolas, un quartier déjà marqué par le street art
Ce débat n’arrive d’ailleurs pas dans un quartier totalement étranger à l’art urbain. Depuis plusieurs années, la rue Saint-Nicolas accueille régulièrement des créations et des artistes venus y laisser leur empreinte.
Pour cette troisième édition, le Kissycol élargit même son périmètre. Les artistes investiront également la place de la Motte Rouge et la place de la Fourche, avec de nouveaux supports en bois destinés à accueillir leurs créations.
Une quinzaine d’artistes sont annoncés pour cette édition, parmi lesquels Al Pacman, Fouapa, Citizheart, Adrian Leroy, Charly Point, Atelier Salé, Eïdy Ho, Eloïse Jensen, Nana Lovz, Luidji, Tommy Delacuvellerie et Cha(t)rabia.
Des ateliers gratuits seront également proposés au public à la libraire Grefine, avant un bal populaire prévu à partir de 20 heures. L’ensemble de la journée est accessible gratuitement.
Une ville peut-elle être culturellement vivante sans faire débat ?
Derrière la polémique autour de quelques œuvres, c’est finalement une question plus large qui se dessine.
Qu’est-ce qu’une ville accepte de montrer dans ses rues ?
Faut-il privilégier uniquement ce qui correspond à une esthétique consensuelle ? Ou l’espace public peut-il aussi accueillir des formes artistiques plus contemporaines, parfois déroutantes, au risque qu’elles ne plaisent pas à tout le monde ?
C’est précisément le débat qu’Initiative Biscornu invite à ouvrir. L’association estime qu’une ville culturellement vivante n’est pas nécessairement une ville où tout le monde s’accorde sur ce qui est beau.
Le Kissycol, lui, aura au moins le mérite de poser la question grandeur nature. Pendant une journée, les Rochelaises et Rochelais pourront voir les œuvres se créer sous leurs yeux, dans un quartier où patrimoine, commerces, habitants et pratiques artistiques se côtoient déjà.
Et chacun restera libre de décider s’il aime… ou pas.

