Signalées et recueillies sur les côtes de la Manche et de l’Atlantique entre septembre 2025 et mai 2026, 30 tortues caouannes (Caretta caretta) soignées par le Centre d’Études et de Soins pour les Tortues Marines (CESTM) de l’Aquarium La Rochelle ont retrouvé l’océan ce vendredi 3 juillet.
À l’image de l’Aquarium qui célèbre son 25e anniversaire cette année, le CESTM s’apprête lui aussi à franchir un cap symbolique avec la remise à l’océan de la 400e tortue marine prise en charge par le Centre. Cette tortue caouanne (Caretta caretta), baptisée «Rochelle» par les internautes, a été retrouvée en mer, à la dérive, près de Saint-Jean-de-Luz, le 30 septembre 2025 par un pêcheur. À son arrivée à La Rochelle, elle était dénutrie, déshydratée et présentait de nombreuses carences.
Leur nom commence par la lettre R
Cette année, toutes les tortues qui retrouveront leur milieu naturel ont un point commun : leur nom commence par la lettre R. Loin d’être anecdotique, ce choix permet, en cas de nouvelle observation dans le cadre d’un suivi ou d’une étude, de rattacher immédiatement chaque individu à l’année de son retour à l’océan.
Au CESTM, chaque tortue se voit attribuer un matricule (exemple : Cc3837) et dispose d’une fiche d’identité complète. Elle est également équipée d’une puce électronique (PIT tag), garantissant une identification rapide en cas de nouvelle observation, partout dans le monde.
Chaque individu passe en moyenne quatre à six mois de soins : examens, traitements, alimentation adaptée… nécessitant une attention sans faille.
Durant toute cette période, chaque tortue suit un protocole de prise en charge personnalisé, adapté à ses pathologies — infections pulmonaires, déshydratation, dénutrition, fractures ou encore occlusions — ainsi qu’à l’évolution progressive de son état de santé.
Préservations des espèces
Leur retour à l’océan constitue ainsi l’aboutissement du travail et des missions menées tout au long de l’année par le CESTM en faveur de la préservation de ces espèces marines inscrites sur la Liste rouge de l’UICN. Les espèces les plus fréquemment prises en charge par le centre sont la tortue caouanne (Vulnérable), la tortue de Kemp (En danger critique) et la tortue verte (Préoccupation mineure).
Une balise Argos
En 2024, dix tortues ont quitté l’Aquarium La Rochelle équipées d’une balise ARGOS fixée à leur dossière (carapace). Ces émetteurs ont la position de chaque individu à chaque remontée en surface et, grâce à un profondimètre intégré, et ont des informations sur les profondeurs atteintes lors de leurs plongées. Ils permettent ainsi de collecter de précieuses données sur les déplacements des tortues, qu’ils soient influencés par les courants marins ou liés à des mouvements volontaires.
Depuis 2008, l’Aquarium La Rochelle a réalisé 69 suivis de tortues marines dont 63 sur des tortues caouanne, 4 sur des tortues de Kemp et 2 sur des tortues vertes. L’analyse de ces nombreuses données contribue directement à l’amélioration des connaissances sur ces espèces vulnérables, notamment durant leurs premiers stades de vie, et a permis d’obtenir des résultats inédits.

Les tortues caouannes émergent sur les plages de l’archipel du Cap-Vert et de Floride, avant de rejoindre immédiatement l’océan. Les femelles ne retrouveront leur plage natale qu’une fois parvenues à maturité sexuelle, soit 20 à 30 ans plus tard. Entre-temps, ces jeunes individus restent largement invisibles au cœur de l’Atlantique. Cette période méconnue de leur vie porte un nom : les « lost years » («années perdues).
Des informations précieuses
C’est précisément là que réside tout l’intérêt des tortues accueillies par le CESTM : il s’agit de jeunes individus, ceux-là mêmes qui viennent s’échouer sur nos côtes. C’est pourquoi dix d’entre eux seront équipés de balises, afin de mieux comprendre cette phase de vie habituellement méconnue, qui se déroule loin de toute observation humaine.
« Ces données permettent de recueillir des informations précieuses sur un stade de vie encore largement méconnu », termine Tony Candela, Océanographe, modélisateur d’écosystèmes marins. « Elles contribuent ainsi à améliorer nos connaissances, à affiner nos modèles 3D et, à terme, à renforcer la protection de ces espèces», explique Tony Candela, Océanographe, modélisateur d’écosystèmes marins. »

