À l’approche des élections municipales, l’accessibilité s’invite dans le débat public à La Rochelle. Derrière les normes et les annonces, des habitants en situation de handicap décrivent un quotidien encore largement contraint, notamment en matière de transport.

Photo La Rochelle Info – Juliette PAPET
J’ai envie de me promener quand j’ai envie, de sortir quand je veux. De me déplacer comme tout le monde », explique Cynthia Joly. « Quand on parle de normes d’accessibilité PMR, on oublie très souvent les déficients visuels », témoigne Caroline Vernet.
Ces paroles, recueillies à quelques jours du scrutin municipal, traduisent une même aspiration. Celle d’une mobilité simple, spontanée, sans organisation préalable de plusieurs semaines. À La Rochelle, pour de nombreuses personnes en situation de handicap, le principal obstacle reste le transport.
Des bus encore inadaptés
Dans la plupart des bus du réseau Yélo, un seul emplacement est prévu pour un fauteuil roulant. « Leur réglementation en termes d’assurance veut qu’il n’y ait qu’un emplacement fauteuil par bus », explique Fabrice Joly, atteint d’une maladie génétique rare, un forme de myopathie.
Avec sa femme, Cynthia Joly, qui souffre d’une maladie de naissance qui entraine la rétractation des articulations, ils se sont déjà vu refuser l’accès aux bus. « Le chauffeur nous fait signe en montrant qu’il ne peut en prendre qu’un et ne s’arrêt pas. » Les bus disposant de deux emplacements ne sont pas clairement identifiés sur l’application, même s’ils sont en cours de référencement.
Au-delà de l’aspect matériel, le couple dénonce des attitudes stigmatisantes. « On nous appelle “les fauteuils”. Ça arrive qu’ils demandent : “les fauteuils ils descendent où ?” On est considérés comme des fauteuils et pas comme des personnes« .

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Depuis plusieurs années, ils demandent auprès de la mairie l’organisation de table ronde. Leur but serait d’apporter de la pédagogie dans la formation des chauffeurs. Demandes pour l’instant restées lettres mortes.
Les associations locales ont néanmoins été associées, l’an dernier, au travail d’aménagement des nouveaux bus. Hauteur des boutons d’appel, placement des écrans, prise en compte de différents handicaps. « C’était intéressant d’avoir un vrai échange », se souvient Cynthia Joly. Mais elle est aussi consciente qu' »un bus coûte environ 300 000 euros, donc ça va prendre encore quelques années.«
Il remarquent aussi que certaines villes du Pays basque et Avignon ont déjà une flotte entre de bus équipés pour deux fauteuils. « Ils ont anticipé. La Rochelle a pas mal de retard sur cette question« .
Des délais de plusieurs semaines pour les transports adaptés
Lorsque les bus ne sont pas totalement accessibles, la loi prévoit un service de substitution porte-à-porte. À La Rochelle, c’est ISIGO. Il fonctionne sept jours sur sept, de 6 h à 21 h. Mais les délais de réservation atteignent généralement deux à trois semaines.
Le service compte douze véhicules et assure environ 3 000 courses par mois, avec une hausse annoncée de 25 % des demandes en 2025. « C’est victime de son succès : il n’y a pas assez de chauffeurs, pas assez de véhicules ».
La nuit, un seul véhicule adapté dessert toute la Communauté d’agglomération, sur réservation six jours à l’avance, les jeudis, vendredis et samedis après 21 h. « On a une vie sociale comme tout le monde et on devrait pouvoir sortir les autres soirs », regrette Cynthia Joly.
En 2025, le service ISIGO a connu différentes mises à jour. Mais elles ne sont pas toutes efficaces. « Il n’y a pas la possibilité de faire des réglages manuels« , témoigne Caroline Vernet, qui a une maladie dégénérative de la vue. « Le logiciel n’est pas fiable au niveau des temps de trajets », poursuit-elle.
Des aménagements trop rares pour les déficients visuels
L’accessibilité ne concerne pas uniquement les personnes en fauteuil. « Des aménagements spécifiques aux déficients visuels, il y en a très très peu à La Rochelle« , souligne Caroline Vernet.
Manque de bandes podotactiles, c’est-à-dire de picots aux passages piétons, absence de rails de guidage sur certains espaces publics. « Dans d’autres villes, à l’intérieur des gares de Poitiers, par exemple, il y en a. À Toulouse, il y a des rails de guidage sur 800 mètres, de l’intérieur de la gare au centre-ville. À La Rochelle, elles ne sont présentes que sur le parvis de la gare« .
Si le centre-ville a bénéficié de travaux récents, la situation reste plus compliquée dans les quartiers : routes dégradées par les racines d’arbres, éclairage public éteint tôt le soir. « Pour les malvoyants qui se repèrent grâce aux lumières, c’est difficile« , confie Caroline Vernet, qui habite Mireuil.

Photo La Rochelle Info – Juliette PAPET
Les feux sonores ne sont ni généralisés ni toujours fiables. « Certains, avec plusieurs embranchements, ne donnent pas la bonne indication. » Dans certaines communes, il y a un bouton directement sur le poteau. À La Rochelle, en revanche il faut demander à la mairie une télécommande. Mais Caroline Vernet avoue « Je ne m’en sert pas car ce n’est pas fiable« .
Lettre ouverte et présence aux réunions publiques
Fabrice et Cynthia Joly ont toujours suivi de près les actions politiques en termes d’accessibilité. Aujourd’hui, à l’approche des municipales, la question est d’autant plus importante. Ils se sont rendus à une réunion publique avec différents candidats. « On leur a demandé quelle politique ils comptaient mener pour les personnes en situation de handicap pendant leur mandat« , raconte Fabrice Joly. Et les réponses ont été « évasives« .
Caroline Vernet est aussi très impliquée dans la vie locale. Elle est présidente de l’association Clairvoyants 17. Elle a choisi d’adresser aux candidats aux élections municipales une lettre ouverte. Dans celle-ci, elle souhaite « leur parler des difficultés des PMR à la Rochelle et particulièrement des difficultés avec le service de transport« . Des difficultés persistantes, malgré certaines améliorations.

