Jaouad El Marbouh était la tête de liste “Ensemble pour La Rochelle” pour les élections municipales prévues les 15 et 22 mars. Il revendiquait une démarche tournée vers l’intérêt général, humaniste, sociale et écologiste. Entretien réalisé avant l’invalidation de sa liste.

Entretien réalisé dans le cadre de notre série de questions adressées aux candidats aux élections municipales à La Rochelle.
La liste de Jaouad El Marbouh a été invalidée par la préfecture et ne participera pas au scrutin.

affiche municipales 2026 La Rochelle
Affiche de campagne de Jaouad El Marbouh , La Rochelle le 26 février 2026. Photo LRi – Amanda BRONSCHEER

Professeur de karaté et self-défense, coach en communication, management et cohésion d’équipe, Jaouad El Marbouh a plusieurs casquettes. Cette année, il rejoint la course aux municipales, se décrivant comme « un homme d’engagement et de terrain de longue date dans la vie locale« .

Quelle est votre vision du rôle de maire ?

« Être maire, ce n’est pas simplement administrer : c’est incarner un cap, une exigence, une manière d’être. C’est rassembler autour d’un horizon commun. Le maire est le garant de l’intérêt général : il écoute, il arbitre, il agit. À La Rochelle, il doit être à la fois bâtisseur de liens et protecteur de l’environnement, bâtisseur d’un avenir durable, protecteur de la qualité de vie et du vivre-ensemble qui fondent notre identité. Pour moi, un maire doit être loyal, constant et profondément à l’écoute. Non-cumulard, il doit aimer la démocratie pour elle-même, et ne jamais s’en servir pour protéger ses arrières ou conserver un siège de secours. Il doit inspirer confiance, être accessible, et parler non pas seulement de vision, mais d’horizon.

Un maire ne gouverne jamais seul. Il agit en synergie avec le Département, la Région, l’Agglomération, le Député de sa circonscription, les services de la Préfecture, les représentants associatifs, les centres sociaux… Car aucune ville n’avance isolément. Et surtout, il rassemble, il apaise, il unit car la force d’une ville réside dans l’énergie collective et la confiance de ses habitants.

Un maire doit être irréprochable. Impartial dans ses relations, il n’accorde aucun privilège aux siens, ni directement ni indirectement. Il recherche le compromis, sans jamais céder à la compromission. Il fuit les conflits d’intérêts et ne confond jamais mandat public et intérêts personnels. La confiance citoyenne est un trésor fragile : elle ne supporte ni arrangements, ni réseaux d’influence, ni renvois d’ascenseur.

Servir la ville, ce n’est pas se servir. C’est agir sans privilège, sans arrière-pensée et sans compromis avec l’éthique.

Un maire doit montrer l’exemple : respect des institutions, respect des habitants, respect de la parole donnée. Il doit incarner l’engagement citoyen, faire preuve d’humilité dans l’exercice du pouvoir et de loyauté envers celles et ceux qui lui ont accordé leur confiance. Il ne doit jamais abandonner les Rochelaises et les Rochelais ni pour l’argent, ni pour le confort, ni pour un calcul politique.

L’honneur d’un maire, c’est la fidélité à son peuple. Et pour que cet engagement soit clair et sans ambiguïté, moi, maire de La Rochelle, je baisserai mes indemnités de – 25 % ».

Quelle est la première mesure que vous comptez appliquer en tant qu’élu ?

« Ma première mesure sera double : une pour les citoyens, une pour les agents du service public.

Pour les citoyens, j’ouvrirai une grande conférence citoyenne sur le logement et le pouvoir d’habiter. Se loger dignement à La Rochelle est devenu un défi majeur pour trop de familles, de jeunes actifs et de retraités. Nous agirons sans attendre pour renforcer l’offre de logements abordables, encadrer les dérives spéculatives et préserver l’équilibre indispensable entre résidents permanents et locations touristiques. Mais au-delà des équilibres urbains, il y a l’urgence humaine. Dès les six premiers mois du mandat, nous nous fixerons un objectif clair : proposer une solution de logement aux 290 personnes sans domicile fixe recensées dans la ville, afin de les sortir durablement de la rue. Retrouver un toit, c’est retrouver une dignité, un accès aux droits, une stabilité. Aujourd’hui, trop de personnes sans domiciliation ne peuvent même pas percevoir le RSA auquel elles ont droit. Cette situation n’est pas acceptable. Une ville humaniste ne laisse personne sur le bord du chemin.

Pour les agents de la fonction publique territoriale, ma première décision sera d’engager un audit interne sur l’organisation des services de la Ville et de l’Agglomération, accompagné d’un dialogue social transparent sur les conditions de travail et le versement des primes. Je veux donner des leviers précis de changement pour améliorer la qualité de vie au travail des agents et, par ricochet, la qualité du service rendu aux usagers. Nous engagerons également une réflexion sur la réappropriation progressive de certains services externalisés ou confiés au privé, lorsque cela permettra de renforcer la maîtrise publique, l’efficacité et la qualité du service. Car une ville qui protège ses habitants doit aussi respecter celles et ceux qui la font fonctionner au quotidien ».

Quel est votre engagement principal pour ce mandat ?

« Mon objectif est clair : répondre à l’urgence du pouvoir d’achat, tout en faisant de La Rochelle une référence européenne de la transition écologique juste et de la solidarité active. Car la justice sociale et la transition environnementale ne s’opposent pas : elles se renforcent mutuellement. Notre cap est concret et mesurable : réduire notre empreinte carbone et les émissions de CO₂, améliorer comme à St Eloi, la protection contre le bruit avec des murs anti-bruit, augmenter la solarisation des bâtiments publics (actuellement est en dessous de 25 %), et développer la végétalisation dans tous les quartiers avec, par exemple, la plantation d’un arbre pour chaque naissance.

Nous voulons également :

  • Solutionner le problème du pont de Tasdon, laissé à l’abandon et qui coûte chaque jour un peu plus aux contribuables (30 millions d’euros pour le reconstruire à cause du manque d’entretien),
  • Dénoncer le permis de construire accordé par la majorité sortante à Vinci,
  • Poursuivre en justice l’entreprise responsable de la contamination des enfants et des habitants autour de la rue Marcel Paul.

Cela passe aussi par des actions immédiates et structurantes :

  • Soutenir le pouvoir d’achat et l’accès aux services essentiels, avec des mesures concrètes comme :
  • la gratuité des musées municipaux, des bibliothèques et de la médiathèque,
  • l’accès libre aux toilettes publiques,
  • la possibilité pour les 17-30 ans d’obtenir le code et le permis de conduire moyennant 70 h de travaux d’intérêt général,
  • une crèche municipale universelle pour les 0-3 ans, accessible à toutes les familles, et à tarification solidaire
  • Garantir l’accès au sport aux personnes en situation de précarité,
  • Exiger des organisateurs d’événements : Francofolies, Festival du cinéma, Coursive…des avantages pour les Rochelais : un quota de 30 % réservé aux habitants et une tarification adaptée (30 à 50 %) pour les jeunes et les personnes en difficulté. Les subventions accordées aux organisateurs d’événements tiendront compte de leurs efforts envers le public rochelais.
  • Développer la mobilité douce : vélo, bus gratuits, train express, intermodalité.
  • Maîtriser et réduire la dette municipale grâce à une gestion rigoureuse.
  • Investir là où chaque euro produit un impact réel sur la vie des habitants.
  • En finir avec les dépenses de prestige et les projets pharaoniques qui n’ont d’autre objectif que de flatter les égos des élus, pour concentrer les ressources sur ce qui profite réellement à la population.

Nous renforcerons également la souveraineté du service public : l’affranchir des logiques de dépendance aux investisseurs privés et des intérêts de prédateurs financiers. Le service public n’est pas une variable d’ajustement : c’est le socle de l’égalité républicaine et de la confiance des citoyens. Avec nous, il retrouvera son indépendance, sa solidité et sa vocation première : servir l’intérêt général, et rien d’autre.

Notre approche stratégique va plus loin que la simple bonne volonté ou le travail en équipe : nous avons un cap précis et des priorités claires, et nous nous engageons à produire des résultats concrets et visibles pour les habitants. Gouverner, c’est savoir où l’on va, et comment chaque décision contribue à cet horizon. Nous rendrons régulièrement des comptes aux Rochelaises et aux Rochelais.

L’engagement total est une évidence. Mais un mandat ne se juge pas à l’intensité de l’intention, il se juge aux résultats. Mon engagement principal sera de faire de La Rochelle une ville souveraine, socialement juste et écologiquement exemplaire. Avec des objectifs précis : loger ceux qui dorment dehors, redonner du pouvoir d’achat, réduire la dette et renforcer l’indépendance de nos services publics« .

Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous présenter ?

« L’envie de transmettre une ville fidèle à ses valeurs, audacieuse et solidaire. La Rochelle a toujours été pionnière : dans la protection du littoral, dans les mobilités douces, dans la démocratie locale. Je veux poursuivre cette dynamique avec exigence et humilité. Et donner plus d’ambition à la CDA« .

Comment allez-vous prendre en compte le changement climatique dans vos décisions politiques ?

« Chaque décision municipale devra être évaluée à l’aune de son impact climatique. Urbanisme, mobilités, énergie, alimentation : tout est lié. Nous renforcerons les transports propres, la rénovation énergétique des bâtiments publics, la végétalisation des espaces urbains et la protection de notre littoral. L’adaptation au risque de submersion marine sera une priorité stratégique« .

Comment comptez-vous soutenir l’attractivité du territoire ?

« Pour moi, la question n’est pas d’être « pour » ou « contre » l’attractivité. La vraie question est : quelle attractivité voulons-nous pour La Rochelle ? Il existe une attractivité vertueuse, qui renforce l’écosystème territorial. Celle qui soutient l’économie locale, consolide l’emploi durable, protège notre patrimoine naturel et architectural, et permet aux Rochelaises et aux Rochelais de vivre dignement avec un accès au logement, aux soins, aux mobilités et aux services publics. Et il existe une attractivité déséquilibrée, qui privilégie la valeur foncière au détriment de la valeur d’usage, qui favorise la spéculation immobilière, qui accentue la pression touristique sans régulation suffisante, et qui produit des effets sociaux bien connus : tension sur le logement, éloignement des classes moyennes, fragilisation des services publics et sentiment de déclassement.

Depuis une douzaine d’années, La Rochelle a connu une montée en puissance de son attractivité nationale. Mais cette dynamique s’est accompagnée de déséquilibres structurels :

  • une crise du logement avec une raréfaction de l’offre accessible aux actifs locaux ;
  • une pression foncière qui renchérit le coût de la vie ;
  • une densification parfois mal acceptée, car insuffisamment concertée ;
  • des interrogations sanitaires et environnementales dans certains quartiers exposés aux nuisances ;
  • une tension accrue sur les infrastructures et les services publics.

Je ne fais pas de raccourcis simplistes entre ces phénomènes, mais je constate que lorsque la croissance d’un territoire n’est pas pilotée avec une boussole sociale et écologique claire, elle produit des fractures.

L’attractivité ne peut pas être une fin en soi. Elle doit être conditionnée à trois critères mesurables :

  1. L’amélioration du pouvoir d’habiter des résidents permanents ;
  2. La réduction réelle des émissions de CO₂ et des nuisances locales ;
  3. La consolidation des services publics et du tissu économique local.

Si l’attractivité augmente les prix, fragilise la santé environnementale et exclut les habitants historiques, alors elle devient contre-productive. Ma ligne est claire : nous devons passer d’une attractivité de flux à une attractivité d’équilibre.
Attirer, oui, mais sans déraciner.
Développer, oui, mais sans exclure.
Construire, oui, mais sans épuiser.

La Rochelle n’a pas vocation à devenir une carte postale optimisée pour investisseurs et locations saisonnières. Elle doit rester une ville vivante, habitée à l’année, socialement mixte et écologiquement responsable. Une attractivité réussie ne se mesure pas au nombre de visiteurs, mais à la qualité de vie de ses habitants.

L’attractivité ne se décrète pas, elle se construit. Elle repose sur la qualité de vie, l’innovation et la culture. En lien avec la Communauté d’agglomération de La Rochelle, nous soutiendrons les filières d’excellence : économie maritime, énergies renouvelables, numérique responsable ; tout en veillant à un développement équilibré et soutenable ».

Selon vous, quelles sont les priorités à gérer à La Rochelle ?

« Le logement, l’adaptation climatique, la mobilité, la cohésion sociale et la préservation de notre patrimoine naturel et architectural. Nous devons aussi accompagner le dynamisme économique sans renier nos valeurs environnementales« .

Quelles actions envisagez-vous pour rendre les quartiers plus vivants et renforcer le lien entre habitants ?

« Nous renforcerons les maisons de quartier, soutiendrons les commerces de proximité et développerons des espaces publics conviviaux. La ville doit être vécue à hauteur d’habitant : des places animées, des marchés, des événements culturels décentralisés. Le lien social se tisse dans la proximité et la confiance« .

Qu’allez-vous mettre en place pour informer les habitants et les associer aux décisions importantes de la ville ?

« Informer et associer les habitants ne doit pas être un slogan de campagne, mais une méthode de gouvernance.

Nous développerons plusieurs outils concrets :

  • des budgets participatifs élargis, permettant aux habitants de décider directement d’une part significative des investissements ;
  • des référendums locaux pour les projets structurants et les décisions qui engagent durablement l’avenir de la ville ;
  • des conseils de quartier renforcés, dotés de véritables capacités de proposition et de suivi ;
  • des consultations numériques ouvertes et transparentes, avec restitution publique des contributions et des arbitrages.

La transparence sera la règle. Chaque grand projet fera l’objet d’une concertation claire, documentée, accessible, avec des engagements précis sur la manière dont les avis exprimés influencent la décision finale. Gouverner, c’est partager la décision. Ce n’est pas confisquer le pouvoir en amont. La démocratie municipale ne peut pas se résumer à des accords d’appareil, à des répartitions de postes anticipées ou à des équilibres internes négociés avant même que les électeurs ne se soient prononcés.

Je crois profondément que la ville appartient d’abord à ses habitants. La très grande majorité des citoyens ne sont membres d’aucun parti politique. La démocratie locale ne doit donc pas être organisée autour des intérêts de structures partisanes, mais autour de l’intérêt général.

Depuis des années, les habitants sont parfois consultés. Mais trop souvent, ils ont le sentiment de ne pas être réellement écoutés, ni pleinement associés aux décisions qui les concernent directement.

Je veux inverser cette logique. Passer d’une démocratie d’information à une démocratie de co-construction. Passer d’une consultation formelle à une participation réelle. Les citoyens doivent être au cœur des projets, avant les intérêts individuels ou les intérêts d’appareil. Une ville mature démocratiquement n’a pas peur de ses habitants : elle leur fait confiance ».

Comment souhaitez-vous soutenir les événements, les associations, la culture et les activités accessibles à tous ?

« La culture est le cœur battant de La Rochelle. Nous continuerons à soutenir nos festivals, nos associations et nos acteurs culturels qui font rayonner la ville bien au-delà de ses frontières. Mais nous veillerons aussi à l’accessibilité pour tous : tarification solidaire, soutien aux pratiques amateurs, développement d’événements dans tous les quartiers. La culture n’est pas un luxe, c’est un bien commun« .