Installée depuis presque deux ans dans le quartier de Tasdon à La Rochelle, la fleuriste Anne-Laure Poulin a fait un choix fort. Proposer principalement des fleurs françaises et de saison. Un engagement écologique qui séduit une clientèle de plus en plus attentive à la provenance des bouquets. Face à l’augmentation des demandes, sa boutique Les jolies fleurs s’agrandit en juin.

Photo La Rochelle Info – Juliette PAPET
Dans sa boutique Les jolies fleurs, Anne-Laure Poulin accueille les clients avec une conviction bien ancrée. La fleur peut être belle sans parcourir des milliers de kilomètres. Pourtant, son parcours n’a pas toujours été celui d’une fleuriste.
« C’est une passion depuis longtemps, mais j’ai passé mon CAP fleuriste sur le tard. Avant je travaillais dans la communication« , raconte-t-elle. Une reconversion assumée, qui s’est accompagnée d’une réflexion sur l’origine des fleurs.
85 % de fleurs importées
Très vite, la professionnelle a pris la décision de ne pas travailler avec des fleurs importées de l’autre bout du monde. « En France il y a 85 % des fleurs qui sont vendues qui viennent de l’étranger. Donc souvent de très très loin, complètement délocalisé. Et ça a un impact écologique désastreux.«
Au-delà de la question environnementale, elle évoque aussi les conditions de production. « Ce sont des fleurs qui sont souvent pleines de pesticides, parfois interdits en Union européenne. Je n’avais pas envie de faire un métier qui ait un impact négatif pour la planète et pour les gens.« , confie Anne-Laure Poulin.
S’approvisionner autrement, un défi au quotidien
Choisir la fleur française implique cependant de repenser entièrement l’approvisionnement. « C’est beaucoup plus compliqué que si je faisais de la fleur traditionnelle« , reconnaît-elle. Le principal changement dépend de la saisonnalité. « J’ai moins de variété toute l’année. Je n’ai pas de roses en hiver ou à la Saint-Valentin« , par exemple.

Photo La Rochelle Info – Juliette PAPET
Pour remplir ses étals, la fleuriste multiplie les sources. En hiver, les fleurs proviennent principalement du Var, via des grossistes. « J’arrive aussi à avoir de la fleur de Vendée. » Puis, dès le printemps, la production locale prend le relais. « Du printemps à l’automne, c’est quasiment que de la fleur locale, entre la Charente-Maritime et la Vendée.«
Une organisation plus exigeante, mais qui correspond à ses valeurs. « Ça demande toute une organisation, c’est beaucoup plus compliqué que si on ne se soucie pas de la provenance des fleurs… mais on y arrive quand même. »
Le soutien du Collectif de la fleur française
Anne-Laure Poulin s’appuie aussi sur un réseau national : le Collectif de la fleur française, dont elle est membre depuis le début.
Cette organisation met en relation producteurs et fleuristes, tout en soutenant la filière. « C’est un collectif national qui promeut la floriculture française. Il apporte des ressources documentaires, un soutien logistique aux producteurs pour monter leur ferme florale ou l’agrandir, et aux fleuristes pour trouver le plus de producteurs possible.«
Le collectif mène aussi un travail de sensibilisation auprès du grand public. Sur leur site, un annuaire permet également aux consommateurs de trouver des boutiques engagées. « J’ai beaucoup de clients qui m’ont trouvé via cet annuaire, parce qu’ils voulaient acheter des fleurs non importées« , se réjouit Anne-Laure Poulin.
Une clientèle sensible au local
Depuis l’ouverture de la boutique à Tasdon, la clientèle s’est rapidement constituée. « Ici ils sont assez sensibles à consommer local« , note la fleuriste. Certains clients viennent même de plus loin. « Ils cherchent à consommer différemment, donc ils font l’effort de venir d’un peu plus loin. »
Le site internet et les réseaux sociaux jouent également un rôle important. « Les fleuristes travaillent beaucoup avec la livraison à distance. Des gens qui n’habitent pas à La Rochelle veulent faire livrer à des proches ici. » Là aussi, dans un souci d’empreinte écologique, Anne-Laure Poulin a choisi de livrer ses bouquets à vélo, dans La Rochelle et toute son Agglo.
Une évolution des habitudes des clients
Au fil des mois, Anne-Laure Poulin observe une évolution des comportements. Si certains restent attachés à la traditionnelle rose, d’autres se montrent curieux. « Il y a des gens qui viennent pour des roses et qui repartent sans rien. Mais j’arrive souvent à leur expliquer et à leur montrer qu’on a d’autres très belles fleurs. » La propriétaires des Jolies fleurs cite notamment les renoncules : « Ça vaut toutes les roses et c’est moins cher.«

Photo La Rochelle Info – Juliette PAPET
Les mentalités évoluent peu à peu. « Cette année pour la Saint-Valentin, j’ai eu au moins trois personnes qui ont pris des bouquets tout faits et qui voulaient être sûrs qu’il n’y ait pas de rose. » Une petite révolution dans un univers longtemps dominé par les fleurs importées.
Une boutique plus grande et de nouveaux projets
Face à une demande croissante, Anne-Laure Poulin prépare déjà la suite. Dès le mois de juin, la boutique déménagera dans le quartier de Rompsay, dans un espace plus grand. Ce nouveau lieu permettra notamment de développer une activité événementielle en collaboration avec Amoremio, spécialisée dans les mariages. « Il y avait beaucoup de demandes des clients sur les mariages et je ne pouvais pas assurer toute seule.«
L’agrandissement répond aussi à une envie de travailler à deux et d’accueillir davantage de clients. Le nouveau local permettra également d’élargir l’offre d’ateliers. Déjà proposés le soir, ces rendez-vous permettent d’apprendre à créer son propre bouquet ou des compositions de fleurs séchées. À l’avenir, des ateliers en journée devraient également voir le jour.
Une nouvelle étape pour Les jolies fleurs, qui poursuit son développement tout en restant fidèle à son engagement : remettre la fleur locale et de saison au cœur des bouquets.

