Installée sur 14 hectares à La Ronde, dans le Marais poitevin, Noëllie Sicot veut créer un jardin partagé inclusif, mêlant maraîchage en permaculture, médiation animale et accueil de publics vulnérables. Un projet dans la continuité de son engagement pour le vivant.

Photo La Rochelle Info – Juliette PAPET
À 38 ans, Noëllie Sicot n’a jamais vraiment quitté le monde animal. Après des études dans le milieu équin, elle monte en 2021 son propre centre de formation à l’équithérapie, sur un terrain acquis quelques années plus tôt à La Ronde, à une trentaine de kilomètres de La Rochelle.
L’idée mûrissait depuis longtemps. « Le projet que j’avais à 14 ans a fini par cheminer« , raconte-t-elle. En 2019, alors qu’elle travaille dans le commerce depuis 10 ans, l’envie de revenir pleinement aux animaux agit comme un déclic. Elle réduit son activité salariée, puis quitte définitivement son emploi en 2021 pour lancer son centre.
Au service de tous les publics
La médiation animale, « c’est de la thérapie par le biais de l’animal, sur tout type de public : handicap, personnes en burnout, besoin de développement personnel,…« , explique Noëllie Sicot.
En quatre ans, elle forme environ 150 personnes à cette technique. « Ce sont des thérapeutes aujourd’hui« , précise-t-elle.
Si elle travaille aussi avec des chiens et des chats, Noëllie Sicot revendique une préférence : « Je préfère les gros animaux. Les chevaux, les lamas… c’est mon truc à moi.«
Jusqu’ici, son activité était surtout centrée sur la formation de professionnels. Elle accueillait peu d’individuels, faute de temps. « Le centre de formation me demandait beaucoup de travail.«
Mais depuis deux ans, son organisation évolue. Les cours étant structurés, elle dispose de davantage de temps et s’interroge : « Comment je peux valoriser ce lieu sur 14 hectares pour que les gens viennent et que ça soit un lieu de bien-être et d’apaisement ?«
Un lieu de vie et d’inclusion
Peu à peu, elle ouvre son site à d’autres publics. Elle contacte des centres de handicap, des foyers pour jeunes, et commence à accueillir des groupes. Elle se déplace aussi en maison de retraite avec ses animaux.
Très vite, elle observe un changement. « On s’aperçoit que le fait que les gens viennent et passent du temps sur le lieu… on a un progrès. » Au lieu d’une séance d’une heure, certains restent une demi-journée, participent à des tâches simples comme ramasser les crottins. « Ils deviennent autonomes, ils retrouvent de la confiance en eux.«
Le jardin sera pleinement intégré au centre de thérapie. « C’est complémentaire. » L’idée est de laisser chacun évoluer selon ses envies, à la manière de la pédagogie Montessori. « L’enfant aura le droit de faire ce qu’il veut. »
Elle observe déjà des différences marquées chez les jeunes accueillis. « Quand ils viennent ici une demi-journée, ils ne sont pas du tout pareils que quand ils sont avec leurs parents. Ici, on leur donne un cadre et ils évoluent en sécurité avec l’animal, avec la nature. Et ça les apaise. » Certains préfèrent nourrir les animaux plutôt que les promener. D’autres s’intéresseront davantage au potager. « Le but, c’est de monter des ateliers par enfant, pour qu’il évolue dans son cadre à lui, pas par ce que nous on lui impose.«

Photo La Rochelle Info – Juliette PAPET
Aujourd’hui, elle est en lien avec une structure située près de Mauzé-sur-le-Mignon (Deux-Sèvres), qui accompagne des personnes en situation de handicap. Des personnes capables d’effectuer certaines tâches, mais qui n’ont pas accès aux ateliers protégés faute de places. « Ils sont au foyer, ils ont des activités, mais ils sont enfermés dans un lieu où ils n’ont pas trop de valeur ajoutée avec l’extérieur. »
Un jardin partagé en permaculture
C’est de cette réflexion qu’est né le projet de jardin partagé.
« J’ai de quoi faire du maraîchage. Le bien manger, pour moi, c’est important. » Seule, elle ne peut pas cultiver une telle surface. Elle propose donc l’idée aux structures partenaires. « Et de là, ils me disent oui, ça m’intéresse… et c’est comme ça qu’est née l’idée.«
Le jardin devrait s’étendre sur 2 000 à 3 000 m² dans un premier temps, avec possibilité d’agrandissement. L’objectif est de travailler en permaculture. « Le but, c’est d’arriver à retourner la terre le moins possible, laisser la biodiversité se faire.«
Tomates, courgettes, concombres… « On va vraiment travailler en fonction des saisons. » Elle envisage aussi, dans un second temps, de créer une fruitière.
Noëllie Sicot lance d’ailleurs un appel : « On est preneur de gens qui s’y connaissent.«
Donner du sens au travail
Le projet ne se limite pas à la culture de légumes. Une partie des récoltes sera vendue par l’association qu’elle a créée, afin de financer des activités pour les participants.

Photo La Rochelle Info – Juliette PAPET
« Beaucoup de foyers de personnes handicapées payent leurs activités avec leurs pensions d’adultes handicapés. Si on peut leur faire faire des voyages ou des découvertes grâce à ce qu’ils font, je trouve ça super. » Les participants bénéficieront aussi d’une part des légumes, sous forme de paniers, « à hauteur de ce qu’ils ont aidé.«
Un cadre inspiré de Montessori
Le lancement du jardin partagé est imminent. « On va chercher un tracteur samedi« , se réjouit la propriétaire. Des conventions doivent être mises en place avec les structures partenaires pour organiser les temps de présence, probablement une journée par semaine pour chaque groupe.
À terme, Noëllie Sicot espère élargir le dispositif, accueillir davantage de structures et, pourquoi pas, travailler avec des écoles, même si les démarches administratives peuvent être lourdes. Sur ses 14 hectares, l’habitante de La Ronde ne manque ni d’espace ni d’idées. Son ambition est claire : faire de ce lieu « un espace d’apaisement« , où le jardin, les animaux et la nature deviennent des leviers de reconstruction et de confiance.

