Après l’euphorie des années post-Covid, l’immobilier rétais entre dans une phase d’ajustement. Des acheteurs plus prudents, des ventes plus longues, mais une attractivité qui ne se dément pas.

Installée sur le secteur depuis 2019 au sein du réseau IAD France, Peggy Vezin connaît bien les cycles du marché sur l’Île de Ré. Formée localement, elle encadre aujourd’hui une équipe avec laquelle elle organise des réunions et formations chaque semaine.
« Tout le monde achetait »
À ses débuts, elle découvre « un marché exigeant, assez élevé« . Mais, « au bon prix » selon les biens et leur emplacement. « C’était cohérent« .
Puis, le Covid est passé par là. Suite à cette période, les gens ressentent « un besoin d’espace, de sortir des villes », explique Peggy Vezin. Alors, « les biens partaient très vite, avec très peu de négociations. Les gens étaient pressés d’acheter, ils avaient le coup de cœur tout de suite. » Avec des taux d’intérêt inférieurs à 1 %, « tout le monde achetait ».
La remontée brutale des taux a ensuite marqué un coup d’arrêt. « Les taux sont montés très haut, ça a ralenti le marché de l’immobilier. » Un effet de stock apparaît, avec davantage de biens à vendre et des acheteurs devenus plus prudents.
Des acquéreurs plus vigilants
Pour Peggy Vezin, la situation actuelle ne montre « pas vraiment une chute de l’immobilier. » Mais le rapport de force a changé. « Les acquéreurs regardent les biens, comparent plus, visitent davantage. Et quand ils se positionnent, ils négocient beaucoup plus.«
Les ventes sont donc souvent plus longues, les achats comptants se raréfient et le crédit redevient central. Les acheteurs examinent également de près les diagnostics : performance énergétique, situation en zone inondable, …, des critères devenus essentiels.
Dans ce contexte, l’acquisition s’inscrit dans une stratégie patrimoniale. « Ils achètent un patrimoine qui va leur permettre de rebondir sur autre chose plus tard.«
La difficulté de la règlementation AirBnb
Il y a un autre paramètre qui pèse aujourd’hui sur le marché : la réglementation des locations AirBnb. L’île compte 2 781 logements concernés et certaines communes ont déjà atteint leur quota. « C’est compliqué de louer en AirBnB aujourd’hui« , constate l’agent immobilière.
Cette règlementation « permet de réguler cette location au profit des habitants à l’année« , mais elle a aussi remis des biens en vente. « Ça peut permettre à des familles moins aisées de pouvoir acquérir un bien plus raisonnable.«
Cela peut aussi permettre de voir davantage d’actifs s’installer à l’année grâce à une offre plus accessible.
Parmi les plus chers de la cote Atlantique
Car le marché de l’immobilier à l’île de Ré reste luxueux. Selon le site SeLoger, le prix moyen atteignait 8 255 € le mètre carré en août 2025 sur l’île, l’un des plus élevés de la façade atlantique.
Il est largement porté par la résidence secondaire, notamment sur les biens haut de gamme. « Il y a beaucoup de biens de luxe et ça restera toujours« , affirme Peggy Vezin.
Le luxe se définit par la taille, l’emplacement, la qualité des matériaux, l’aménagement intérieur d’un bien.
Les acheteurs viennent majoritairement de Paris, mais aussi de Lyon, du sud, du centre ou du nord de la France. Certains reviennent d’investissements à l’étranger, notamment au Portugal, en quête de « la sécurité de la pierre française« . Les acquéreurs ont souvent plus de 50 ans, sont déjà propriétaires ailleurs et capables d’investir sur un marché où les prix figurent parmi les plus élevés de la façade atlantique.
Un marché plus calme, mais stable
Si « les prix ont beaucoup chuté » et que « le marché est plus calme en ce moment« , c’est surtout du à la période, selon la professionnelle. Elle note aussi une activité plus diffuse qu’auparavant. Les pics liés aux vacances sont moins marqués, et les visites plus étalées dans le temps.
Avec des taux autour de 3,5 %, jugés « cohérents« , elle estime que « ça va reprendre avec les beaux jours », à condition d’afficher des prix justes. « Il faut trouver le bon équilibre du prix, bien accompagner en toute confiance. On n’est pas là pour sous-évaluer pour faire des ventes. »
Car sur l’Île de Ré, la valeur patrimoniale reste un socle solide. « On a la chance d’avoir des pierres qui auront toujours de la valeur sur l’île« , conclut Peggy Vezin.

