Ancienne adjointe au maire de La Rochelle, ex-vice-présidente de la Communauté d’agglomération et de la Région, Maryline Simoné se lance dans la course aux municipales après plusieurs années en retrait des mandats électifs. Entretien.
Rochelaise depuis trente ans, cette socialiste revendique une candidature fondée sur la proximité, le collectif et la coopération entre collectivités, dans un contexte où de nombreux habitants expriment un malaise sur leur quotidien et leur relation à la ville.

Quelle est votre vision du rôle de maire ?
« Être maire, pour moi, c’est d’abord être dans la proximité. C’est le niveau de responsabilité politique le plus accessible pour les citoyens. Lorsqu’un habitant interpelle un maire, il n’y a pas de petit ou de grand problème : il y a une situation à écouter et une solution à chercher. Être maire, c’est aussi savoir décider, car gouverner, c’est choisir, et parfois dire non. Mais ces décisions doivent toujours être prises en se mettant à la place des habitants. Le maire doit également travailler avec les autres collectivités, le département, la région, l’agglomération, car une ville n’avance jamais seule. Enfin, je crois que le maire doit être un facteur de rassemblement et d’apaisement. »
Quelle est la première mesure que vous comptez appliquer en tant qu’élue ?
« Ma première démarche serait d’aller à la rencontre des agents de la Ville et de l’agglomération. Les agents sont les premiers ambassadeurs du service public, ceux qui sont en contact direct avec les habitants et qui tiennent la collectivité au quotidien, notamment dans les périodes de crise. Il est essentiel de reconnaître leur engagement, de leur redonner confiance, du sens et une feuille de route claire. C’est aussi une manière de dire que le service public est au cœur de mon projet. »
Quel est votre engagement principal pour ce mandat ?
« Mon engagement sera total. Être maire est, selon moi, un mandat à plein temps. Quand je m’engage, je le fais entièrement. Je crois aussi beaucoup au partage des responsabilités : le pouvoir ne doit pas être concentré entre les mains d’une seule personne. Gouverner, c’est travailler en équipe, faire confiance, déléguer. Mon objectif n’est pas d’exercer le pouvoir pour le pouvoir, mais de faire, et de faire bien, collectivement. »

Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous présenter ?
« Ce sont avant tout les échanges avec les Rochelais. Beaucoup m’ont fait part d’un malaise, de difficultés très concrètes dans leur quotidien : le logement, les mobilités, le pouvoir d’achat, mais aussi le sentiment de ne pas être écoutés. Ce ressenti dépasse largement les cercles politiques. Par ailleurs, plusieurs personnes m’ont encouragée à revenir, estimant que mon passage en responsabilité avait laissé une trace positive. Tout cela a cheminé dans ma réflexion, avec la conviction que cette candidature devait être collective. »
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Comment allez-vous prendre en compte le changement climatique dans vos décisions politiques ?
« La transition, ou plutôt la bifurcation écologique, doit être transversale et concerner l’ensemble des politiques publiques. À La Rochelle, cela passe par la qualité de l’air, de l’eau, des sols, mais aussi par la réparation d’un passé industriel et agricole. Nous sommes une ville littorale, exposée aux risques, et nous devons intégrer pleinement le dérèglement climatique dans nos décisions, tout en développant une véritable culture du risque. Cette transition doit se faire avec les acteurs économiques, dans une logique de coopération entre écologie et développement économique. »
Comment comptez-vous soutenir l’attractivité du territoire ?
« J’ai été vice-présidente de l’Agglomération en charge du développement économique aux côtés de Maxime Bono. Je connais les chefs d’entreprise et leurs préoccupations. Nous partageons une conviction commune : l’attractivité économique doit être créatrice d’emplois et respectueuse du territoire et de l’environnement. Nous devons amplifier l’accompagnement des filières stratégiques et d’excellence : le numérique, les éco-activités, les biotechnologies, la santé, l’agroalimentaire, l’économie de la mer, le nautisme, le tourisme, l’industrie et la sous-traitance. Cela passe par le développement des hôtels d’entreprises, de nos six pépinières et par la réflexion sur la création d’une septième. Nous devons également soutenir l’enseignement supérieur et la recherche, en nous appuyant sur notre université, les laboratoires associés, nos grandes écoles, nos classes préparatoires et nos BTS, et en renouvelant le Schéma local de développement de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation. L’attractivité, c’est aussi soutenir nos commerçants, notamment en centre-ville, avec la rénovation de la halle du marché central, des aides à l’installation ou au maintien des commerces de proximité et des outils d’urbanisme favorisant les commerces indépendants.«
Selon vous, quelles sont les priorités à gérer à La Rochelle ?
« Les priorités sont connues et largement partagées par les Rochelaises et les
Rochelais. La première, c’est le logement : permettre à chacun de se loger dignement à La Rochelle, quels que soient son âge, sa situation familiale ou professionnelle. La seconde, c’est le cadre de vie et la qualité de l’espace public : propreté, tranquillité, sécurité du quotidien, apaisement de la circulation. La troisième, c’est la transition écologique, à la fois pour réduire notre impact climatique et pour adapter notre territoire à des risques désormais bien réels. Enfin, il y a une priorité démocratique : renouer le lien entre les habitants et leurs représentants, remettre de la proximité, de l’écoute et de la confiance dans l’action publique.«
Quelles actions envisagez-vous pour rendre les quartiers plus vivantes et renforcer le lien entre les habitants ?
« Rendre les quartiers plus vivants, c’est d’abord agir très concrètement sur le quotidien des habitants. Cela passe par des services publics visibles, des espaces publics accueillants et des politiques sociales de proximité. C’est aussi faire en sorte que les familles puissent continuer à vivre à La Rochelle. Nous mettrons en place un plan spécifique d’accompagnement des familles monoparentales, souvent les plus fragilisées, en renforçant l’accès aux services municipaux, à la petite enfance, aux activités périscolaires et aux aides sociales. Dans les écoles, nous créerons un kit municipal de rentrée scolaire, avec la gratuité des fournitures pour chaque enfant, afin de soulager les familles et de garantir l’égalité dès le plus jeune âge. Nous expérimenterons également la mise en place d’un petit-déjeuner gratuit dans les écoles, pour que chaque enfant puisse commencer la journée dans de bonnes conditions. Mais la vie de quartier passe aussi par des lieux identifiés et agréables où l’on a envie de se retrouver. Nous devons repenser, réaménager, embellir et végétaliser plusieurs espaces emblématiques pour en faire de véritables lieux de vie. Je pense en particulier à nos places, qui doivent redevenir des lieux de vie et de cohésion : la place de Verdun, la poursuite et l’achèvement du programme de rénovation urbaine de Villeneuve avec la transformation de la place du 14 juillet, ou encore au dossier de la place de l’Europe à Mireuil qui devra être travaillé avec les riverains et les co- propriétaires. Enfin, nous renforcerons la présence municipale dans les quartiers avec des élus de secteur clairement identifiés, en soutenant les initiatives associatives et citoyennes, et avec une programmation d’événements de proximité. Le lien social ne se décrète pas : il se construit par la présence, l’écoute et des actions concrètes, quartier par quartier.«
Qu’allez-vous mettre en place pour informer les habitants et les associer aux décisions importantes pour la ville ?
« Je ne veux pas simplement informer les habitants ou faire de la communication, je veux changer de méthode, administrer la ville autrement, associer les habitants aux décisions. Pour illustrer cette nouvelle façon de faire, je vais vous citer un exemple qui, je pense sera parlant : le dossier du pont de Tasdon. C’est un dossier au point mort depuis trop longtemps sur lequel le Maire sortant est en échec et qui doit revenir en haut de la pile. Nous devons remettre toutes les parties autour de la table pour un dialogue constructif et qui permette d’aboutir rapidement à une solution pérenne. Nous devons aussi faire preuve de transparence vis à vis des Rochelais, en rendant public l’étude technique et en présentant les scénarios possibles. Les Rochelais sont suffisamment responsables pour arbitrer en toute connaissance de cause dans le cadre d’une grande consultation. Il nous faut mettre toutes les données sur la table pour permettre à chacun de décider en tenant compte : des besoins des habitants de Tasdon et des Minimes, de nos voisins d’Aytré et des Rochelais (qu’ils se déplacent à pieds, en vélo, en voiture, en bus), du
coût, des enjeux de patrimoine. »
Comment souhaitez-vous soutenir les événements, les associations, la culture et les activités accessibles à tous ?
« La Rochelle est riche de ses forces vives associatives. Les événements festifs font partie de l’ADN de notre ville et permettent de rassembler les Rochelaises et les Rochelais – et je ne parle pas seulement des victoires du Stade Rochelais ! Nous poursuivrons une politique d’animation ambitieuse avec les associations, en veillant à ce que les événements irriguent tous les quartiers. La politique culturelle devra être rendue accessible à tous, en généralisant le « aller vers » et en faisant vivre la culture toute l’année. La Rochelle dispose d’atouts immenses : les Francofolies, le Festival du film, la Coursive, la Sirène, le Centre chorégraphique national, le Centre national des arts de la rue, le Conservatoire et surtout un tissu associatif culturel exceptionnel. Les acteurs de proximité et les pratiques amateurs doivent être au cœur de notre action. Je souhaite aussi développer des parcours patrimoniaux, installer davantage l’art dans l’espace public et renforcer le travail avec les publics isolés, les étudiants et les scolaires.
Et surtout, nous ne devons jamais nous interdire de rêver. »

