Librairie indépendante, conviviale et engagée, Les Rebelles ordinaires défendent une autre idée du livre en centre-ville de La Rochelle. Guillaume Bourain, cofondateur, revendique un lieu convivial, ouvert à tous, où le conseil et l’échange priment sur le business.

Les Rebelles ordinaires
Guillaume Bourain a ouvert Les Rebelles ordinaires avec sa compagne, Bérangère il y a neuf ans maintenant. Photo La Rochelle Info – Juliette PAPET

La librairie Les Rebelles ordinaires fête cette année ses neuf ans d’ouverture. Pour Guillaume Bourain, qui l’a ouverte avec Bérangère, sa compagne, ce n’est pas une librairie comme les autres. « Une librairie indépendante, c’est un temple sacré« , affirme-t-il. Un lieu qu’il voulait remettre « à échelle humaine« , loin de la logique des grandes chaînes. Ici, le livre est central.

La librairie revendique « un pas de côté« , « une offre alternative » à ce qu’on peut trouver ailleurs. « On n’est pas là pour faire comme tout le monde« , résume Guillaume Bourain. Le lieu se veut à la fois accueillant, chaleureux et porteur de valeurs fortes, notamment d’inclusivité.

Une librairie « sympa et militante »

Depuis le début, Les Rebelles ordinaires se positionnent comme une librairie engagée. « On est une librairie avec des valeurs d’inclusivité, sympa et militante« , explique Guillaume Bourain. Un lieu qui a toujours tenu sa ligne et qui évolue avec les changements sociétaux. L’exemple du rayon écologie illustre bien cette évolution : « Au début, c’était mignon. Aujourd’hui, c’est militant« .

Pour autant, la librairie refuse toute forme de prosélytisme politique. « On ne vend pas de livres de personnages politiques en exercice. Pas de pub pour des programmes. Pas de prise de parti politique« . Un parti pris clair et assumé, qui n’empêche pas le dialogue. « On est toujours ouverts à la discussion, même avec des gens qui ne partagent pas nos idées« .

Les Rebelles ordinaires
La librairie Les Rebelles ordinaires peut compter sur une clientèle fidèle, qui vient pour des conseils. Photo La Rochelle Info – Juliette PAPET

Le conseil se fait sans jugement. « On n’est pas là pour juger. On commande tout« , ajoute Guillaume Bourain.

La librairie mise avant tout sur l’échange et la confiance. « On n’a jamais eu de problèmes. Je crois beaucoup au fait d’être sympa« . Cette approche humaine est au cœur du projet. « Recréer du lien avec les clients, c’est essentiel« .

Pour le libraire, la présence et l’écoute font toute la différence face aux grandes enseignes. « C’est un lieu où tu existes, où tu échanges sur les contenus« .

Le pouvoir de l’imaginaire et du bon livre

Convaincu « pouvoir de l’imaginaire« , Guillaume Bourain défend une idée de la littérature qui ouvre des horizons. Romans coups de cœur, polars, fantasy, science-fiction, fantastique, on retrouve des genres variés. « Ils plaisent beaucoup. L’identification est facile, la réflexion intéressante. On change de cadre, on va dans des mondes parallèles« . Il considère également que la lecture aide à forger un esprit critique.

Le rôle du libraire est alors d’accompagner. « On prend le temps d’écouter les avis, d’amener le bon livre à la bonne personne« .

Le rayon jeunesse, développé grâce à Thaïs, est aujourd’hui « à la hauteur des autres rayons« , preuve de cette volonté d’équilibre et de diversité.

Les Rebelles ordinaires
Aux Rebelles ordinaires, les genres et les livres proposés sont nombreux et variés. Photo La Rochelle Info – Juliette PAPET

Un métier qui reste fragile

Si le lectorat reste stable, le contexte économique est de plus en plus tendu. « Aujourd’hui, il n’y a pas de baisse de lectorat. C’est constant, mais ça ne suffit plus« , constate Guillaume Bourain. Les attentes ont changé. « Les gens demandent de la rapidité, surtout avec Amazon« .

À cela s’ajoute la transformation de la chaîne du livre. « Il n’y a plus vraiment de lien direct avec les éditeurs, beaucoup ont été rachetés par de grands groupes. C’est eux qui décident de la commission du libraire« . Cette situation a mené à un constat sans détour : « La librairie est le deuxième commerce le moins rentable de France« . Les Rebelles ordinaires ont d’ailleurs connu une crise au moment du Covid-19. Les gérants ont réussi à s’en relever et emploient aujourd’hui deux salariées, Chloé et Thaïs.

« Essayer d’enchanter les gens »

Pour continuer à exister, Les Rebelles ordinaires multiplient les initiatives. « Pour survivre, on a lancé un crowdfunding« , explique Guillaume Bourain.

La librairie organise aussi des soirées avec des auteurs, des animations et des débats. « L’idée, c’est d’essayer d’enchanter les gens« . Ateliers accessibles à tous, produits dérivés, box de lecture commune avec café, cartes postales et badges humoristiques, une série d’initiatives qui permet notamment de se faire connaître.

La présence en ligne est devenue indispensable. Un site permet de vendre dans toute la France, et la librairie est très active sur les réseaux sociaux, avec environ 8 000 abonnés sur Instagram.
Malgré les difficultés, Guillaume Bourain reconnaît que la loi sur le prix unique du livre est nécessaire. « Ça permet de préserver la diversité des librairies. Sans ça, ce serait l’industrialisation totale« .

Expliquer le livre autrement

Pour continuer de se développer, Guillaume Bourain souhaite aller plus loin dans la transmission. « On aimerait développer un média gratuit, une chaîne YouTube« , confie-t-il. Au programme, des contenus plus longs, des invités à distance, des chroniques de livres, et des vidéos pour expliquer la chaîne du livre, comment ils sont fabriqués.

Une démarche cohérente avec sa vision : « Le livre permet d’affiner son point de vue sur le monde, sa capacité à imaginer, inventer, créer. C’est plus fort pour construire sa pensée« .