
À l’issue d’une rencontre avec l’entreprise Léa Nature, les Confédérations paysannes de Charente-Maritime, des Deux-Sèvres et de Vendée alertent sur les conséquences des importations massives de produits bio. Elles estiment que ces pratiques fragilisent durablement les filières locales et menacent l’avenir des fermes paysannes.
Les Confédérations paysannes de Charente-Maritime, des Deux-Sèvres et de Vendée ont décidé de rendre publiques leurs alertes. Cela fait suite à un échange avec Léa Nature, présentée comme le deuxième opérateur bio en France, notamment à travers sa marque Jardin BIO étic. Une rencontre qui a eu lieu après à la découverte de graines de courges en provenance de Chine et de tournesol roumain utilisés dans des filières biologiques.
Si les représentants agricoles confirment avoir été reçus par l’entreprise, ils affirment ne pas avoir été entendus. Ils dénoncent aujourd’hui ce qu’ils considèrent comme un décalage profond entre les discours affichés par certains acteurs majeurs du bio et leurs pratiques réelles d’approvisionnement.
Des importations massives au détriment des territoires
Selon les Confédérations paysannes, de très importantes quantités de produits biologiques sont aujourd’hui importées depuis des pays situés hors de l’Union européenne. Lentilles, pois chiches, haricots, tournesol, céréales ou encore mélanges de miel feraient ainsi l’objet d’achats étrangers, alors même que ces productions existent sur le territoire français.
Les agriculteurs et agricultrices dénoncent une politique d’achats qui, selon eux, contribue à affaiblir les filières locales. Cette politique participe aussi à fragiliser la viabilité économique des fermes paysannes, y compris dans les DOM-TOM. Ils rappellent que les capacités de production sont présentes localement. Et que ces filières ont été construites progressivement avec les coopératives de proximité.
Une baisse des achats locaux difficile à comprendre
Les syndicats agricoles observent une diminution des volumes collectés localement par les grands opérateurs du bio, au profit de produits importés. Dans certains cas, la collecte destinée à la grande distribution aurait chuté de plus de moitié. Alors que la consommation de produits biologiques ne connaît pas de recul comparable.
Cette évolution est jugée d’autant plus incompréhensible que les politiques agricoles encouragent la culture des légumineuses. Cette dernière est au cœur des systèmes biologiques, notamment par le biais des rotations longues. Elles jouent un rôle central dans la fertilité des sols, la préservation de la biodiversité et l’équilibre économique des exploitations. D’autant plus dans un contexte de baisse des prix des céréales.
Pour les Confédérations paysannes, l’importation des légumineuses revient à déstabiliser des filières fragiles. Cela remet également en cause des années de structuration collective. Elles estiment que le poids économique de Léa Nature rend ses choix particulièrement déterminants pour l’avenir de ces productions.
Des attentes fortes
Les syndicats agricoles attendent donc de l’entreprise des engagements de forts et concrets. Ils appellent à la signature rapide de contrats pluriannuels avec les coopératives locales. Mais aussi à la reprise d’un dialogue sincère avec les acteurs des territoires. Ils demandent une cohérence accrue entre les discours, le marketing et les pratiques d’approvisionnement.
Pour les Confédérations paysannes, les solutions existent et les producteurs sont prêts. Elles affirment ne pas vouloir rester spectatrices de la disparition progressive des fermes et des filières locales. Elles estiment ces dernières essentielles à l’avenir d’une agriculture biologique paysanne et territoriale.
La réponse de Léa nature
Dans un article publié ce milieu de semaine dans le Courrier de l’Ouest, l’enseigne Léa Nature, indique « que 83 % de nos matières premières agricoles bio, destinées à nos 16 usines bio en France, proviennent de France et d’Europe, dont 37 % exclusivement françaises, et jusqu’à 65 % lorsque l’on exclut les matières non disponibles en France telles que le riz ou le sucre de canne
. (…) 100 % de nos lentilles vertes bio sont françaises, certifiées Origine France Garantie
« , précise l’entreprise de Périgny qui conteste donc les affirmations du syndicat agricole.
« Nos choix d’approvisionnement répondent avant tout à des contraintes de disponibilités, d’aléas climatiques, de volumes bio insuffisants en France, à la nécessité de maintenir l’accès au bio notamment dans un contexte de baisse de consommation ou lorsque la qualité ne répond pas à l’exigence de notre cahier des charges. Jamais à une stratégie de contournement du bio français
« , indique par ailleurs l’entreprise au Courrier de l’Ouest précisant qu’en outre « l’origine Chine représente 0,36 % de nos volumes bio, dont des matières endémiques comme le thé vert et uniquement lorsque la filière française n’existe pas ou ne peut répondre entièrement à nos besoins
« .

