Réduire les risques pour les sapeurs-pompiers lors des interventions les plus dangereuses : c’est l’objectif des robots développés par Shark Robotics à La Rochelle. Des machines robustes, conçues avec et pour le terrain, qui s’exportent aujourd’hui à l’international.

Depuis ses locaux rochelais, Shark Robotics imagine et fabrique des robots d’intervention destinés à la sécurité civile, la défense et la protection des premiers intervenants.

Fondée fin 2016, l’entreprise est née d’une volonté claire : transposer des compétences issues de la robotique militaire vers des usages civils, au service des pompiers et des forces de secours.

« Dès le départ, l’objectif était de créer un outil réellement opérationnel, utile sur le terrain« , explique Mégane Fabre, chargée de marketing et communication digitale chez Shark Robotics. C’est pourquoi les premiers développements se sont réalisés en lien étroit avec les sapeurs-pompiers, afin de répondre à des besoins concrets. « Ils ont fait une réunion tous ensemble autour de la table, ingénieurs et pompiers. Pour réfléchir à l’intérêt du robot selon les demandes des brigades« .

Mégane Fabre nous présente le robot Colossus, robot de lutte contre le feu Shark Rocbotics. Photo La Rochelle info – Amanda BRONSCHEER

Conçus intégralement en interne

Chez Shark Robotics, tout est développé en interne. Du design au logiciel, en passant par le matériel et les batteries.

Les robots sont 100 % électriques et peuvent fonctionner jusqu’à 12 heures en intervention. Pour cela, ils disposent de six batteries interchangeables. Cette autonomie leur permet d’être engagés sur des opérations longues et éprouvantes, notamment lors de feux majeurs.

atelier Shark Robotics La Rochelle
Photo La Rochelle info – Amanda BRONSCHEER

Le robot emblématique de l’entreprise est le Colossus, un robot téléopéré de lutte contre les incendies. Il pèse environ 500 kilos et peut atteindre les 600 kilos selon les équipements embarqués. Il est conçu pour évoluer dans des environnements extrêmes, avec des températures pouvant aller jusqu’à 900 degrés lors de vagues de chaleur.

« Comme un Lego »

Le Colossus repose sur un principe de modularité. « C’est un peu comme un Lego« , explique Mégane Fabre. Il peut être équipé de différents modules de mission, facilement démontables. Canon à eau, tourelle, bélier, système de désenfumage, porte-brancard, panier de transport ou encore dispositifs permettant de transporter des bouteilles d’air respirable.

Le pilotage s’effectue à distance, via une tablette intégrée, qui permet de gérer l’ensemble des fonctions. Les caméras embarquées, dont une caméra thermique, permettent de repérer les points chauds dans les incendies. Les images peuvent également être enregistrées pour alimenter les rapports d’intervention.

L’objectif est de réduire l’exposition des pompiers aux risques, en envoyant le robot en première ligne lorsque les conditions sont trop dangereuses pour une intervention humaine directe.

Utilisé dans Notre-Dame

Le Colossus s’est notamment illustré lors de l’incendie de Notre-Dame de Paris, où il a été engagé pendant près de 10 heures. Depuis, les robots de Shark Robotics ont également été utilisés lors de la crise sanitaire pour des opérations de désinfection d’environnements, avant d’être de nouveau mobilisés face à la recrudescence des incendies. Si de nombreuses brigades sont aujourd’hui équipées, le Colossus ne cessent pas pour autant d’évoluer.

L’entreprise travaille en permanence avec les utilisateurs finaux. « Les retours terrain sont essentiels. Ils nous permettent d’améliorer en continu les robots, d’adapter les modules et de développer de nouvelles versions », souligne Mégane Fabre. Une nouvelle génération de Colossus, plus puissante, plus rapide et plus stable, est d’ailleurs en cours de développement.

À l’international

Aujourd’hui, plus de 300 robots sont déployés dans 25 pays. Parmi eux, l’Inde, le Vietnam, Singapour, le Japon, l’Espagne, la Norvège, la Suisse ou encore l’Italie, où ils sont utilisés pour la sécurisation de tunnels.

Une quarantaine de Colossus ont également été envoyés cette année en Ukraine, dans le cadre du Fonds Ukraine. Un programme financé par l’État français pour renforcer la résilience civile et protéger les premiers intervenants dans des zones à haut risque. Cela permet à l’entreprise d’être leader mondial sur le secteur, malgré la concurrence.

Les effectifs doublés

Le succès de ces robots a permis à l’entreprise de doubler ses effectifs en trois ans, comptant aujourd’hui 90 salariés.

Shark Robotics dispose aujourd’hui d’une capacité de production de 100 à 150 robots par an, en fonction de la demande.

atelier Shark Robotics La Rochelle
Photo La Rochelle info – Amanda BRONSCHEER

Les ventes se font en direct, notamment via l’UGAP, et à l’international grâce à un réseau de distributeurs partenaires.

Pour optimiser la production et améliorer le quotidien des employés, l’entreprise fait d’importants travaux d’industrialisation. Une machine destinée au levage d’éléments lourds vient par exemple d’être installée.

« Pour la défense, jamais l’attaque »

Depuis La Rochelle, l’entreprise réalise ainsi son ambition. « Concevoir les robots de demain« . Au plus près des besoins des femmes et des hommes engagés chaque jour pour la sécurité des autres. Les équipes travaillent par exemple sur un robot autonome.

En parallèle, Shark Robotics développe d’autres solutions. Elle fabrique des robots de déminage ou des systèmes de sécurité téléopérés destinés aux forces de l’ordre. Le tout en gardant une ligne directrice affirmée : aucun armement, uniquement des outils de protection et de mise en sécurité. « On travaille toujours pour la défense, jamais l’attaque« , conclut Mégane Fabre.